
Les motifs de tenun de Buton
A. Généralité
Jusqu’en 1960, selon J.W. Schoorl cité par Yamin Indas, les Buton sont les gens qui habitent l’ancien territoire du sultanat de Buton qui couvre l’île de Buton, Muna, Kabaena, l’archipel de Tukang Besi, Rumbia et Poleang de la péninsule Célèbes Sud-Est (Indas, Kompas, 22 juillet 2005). À présent, le territoire de Buton se divise en plusieurs subdivisions territoriales tels que la ville de Bau-bau, le département de Wakatobi, Bombana et Buton. Grâce à la modernisation des moyens de transport, les Buton se sont mis à immigrer vers les régions hors de l’ancien territoire du sultanat de Buton. Malgré la différente situation géographique et administrative, ils sont unis par la ressemblance culturelle. Cette union se fonde sur les valeurs culturelles qui servent comme leurs éléments unificateurs. Selon Indas, l’un des éléments est le tenun de Buton (Indas, Kompas, 22 juillet 2005).
Ce tissu originaire de Buton est devenu élément unificateur dans le domaine social pour les Buton grâce à deux facteurs principaux et supplémentaires. Le premier, attesté par Hasinu Daa cité par Indas (Kompas, 22 juillet 2005), il symbolise les idées des gens de Buton à l’égard de leur environnement naturel. Cette symbolisation se matérialise en motifs parus sur les tissus. Les Buton ont crée leur motifs en base de leur expérience naturelle. On peut citer entre autres le motif de betano walua koncuapa qui est inspiré par la poudre volante résultant du brûlage des terres, ceux de colo makbahu, delima bongko, delima sapuua, etc. En bref, en constatant les tenun de Buton, on peut apprendre la pensée de Buton et jouit à la fois la nature artificielle de Buton qui est imprimée sur le tissu.
Le deuxième facteur, le tenun de Buton marque les identités personnelle et sociale des Buton. Pour eux, ce tissu sert non seulement pour couvrir le corps contre le rayon du soleil et la souffle de vent nocturne mais aussi pour marquer le niveau social d’une personne. En constatant le motif de tenun, une personne peut être identifiée comme une épouse de quelqu’un ou une célibataire et comme une femme appartenant à une couche populaire ou une femme possédant le titre noble. Les femmes de couche populaire portent généralement le motif de kasopa tandis que celles de noble notamment celles étant titulaire du titre noble wa ode portent le motif de kumbaea dominé par une broderie d’un fil d’argent. Alors ajoute Hasinu Daa, en voyant leur vêtement traditionnel, on peut distinguer le niveau d’une personne au sein de système social de Buton (sapati et kenepulu). Les Buton sont conscients de leur identité, alors pour la conserver, ils enseignent l’aptitude de tressage (menenun) aux fillettes à partir de 10 ans. Il n’est donc pas étonnant si l’on trouve des femmes de Buton sont aptes de tresser (Kompas, 22 juillet 2005 et 23 janvier 2009 ; http://produkboeton.blogspot.com).
Outre les facteurs sociaux, la subsistance du tenun de Buton est assurée par son rôle supplémentaire dans les rites coutumiers. Depuis leur naissance jusqu’à leur mort, les Buton sont très attachés à l’usage du tenun sans lequel les rites organisés perdront sa valeur sacrée (http://orangbuton.wordpress.com).
Malheureusement, l’existence du tenun affronte une menace véritable–que affrontent également d’autres arts textiles traditionnels. Il s’agit de textiles fabriqués en filature industrielle. Ce procédé moderne permet de produire le motif attirant, les textiles à procédé efficace et à bas prix. Face à cette condition, le tenun se met à l’écart de sa position originale. Il pourrait garder son statut comme élément unificateur des Buton dans le domaine social, mais dans la vie réelle, il aurait du mal de se développer. Quand, un jour, il ne s’adapte plus à la situation, l’autre produit moderne le remplace et on l’oublie toute de suite. Autrement dit si ce serait le scénario, le tenun de Buton est vraiment en voie de sa disparition de l’apparence publique.

Le tenun de Buton profité non plus comme vêtement, mais comme décoration murale
Comme le tenun est très important chez les Buton, il convient de faire participer tous les éléments sociaux de réactualiser son rôle. Si, jusqu’à nos jours, il ne symbolise que la division de niveau social, n’est qu’un élément unificateur et qu’un outil des rites coutumiers, une exploration plus attentive de ses valeurs économiques mérite d’être menée. En d’autre terme, il faut qu’il y ait une mesure permettant une exploitation des éléments économiques au sein du tenun de Buton pour que les propriétaires culturelles puissent jouir le fruit d’économie du tissu. L’essor du tenun sera revenu lorsque les Buton apprendront à tisser et développeront les motifs du tissu.
Pour faire apparaître le potentiel économique de tenun de Buton, on peut prendre des moyens suivants. Le premier, faire une documentation et présentation devant les public au sens plus large. Les motifs du tenun de Buton sont nombreux. Quelques uns disent que ils atteignent de centaines d’ornements dont certains ne sont pas encore documentés et moins connus par le public (<http://www.sultra.go.id>, <http://profilesmakassar.blogspot.com>, Kompas, 23 janvier 2009). Par conséquent, tous les partis doivent prendre part à ces mesures. De cette manière, le tenun de Buton pourrait assurer son existence au futur et ceux qui impliquent dans ce processus pourraient jouir ses fruits économiques.
Le deuxième est l’amélioration de la qualité du tenun afin de pouvoir prendre part à la concurrence au marché de textile traditionnel. Par exemple en adoptant le nouveau matériel de base comme le fil de soie. De cette manière, sa qualité peut s’élève et le revenu des artisans s’augmentera. Selon le site <http://profilesmakassar.blogspot.com>, le tenun de Buton fabriqué à partir de fibres vaut Rp. 150 000 par coupon de tissu tandis que celui de fil de soie vaut Rp. 400 000 à la même taille.
Le troisième est la diversification des produits secondaires du tenun. À présent, il faut étendre son usage, non seulement en tant que tissu d’habit, mais aussi avec un peu de créativité on peut avoir des tissus décoratifs tels que rideau et nappe. Plus les artisans créent une nouvelle fonction, plus ils jouissent le profit du tenun. Une fois que ce processus rend prospère ses artisans, il va attirer des gens de le conserver et développer.

Une éventail (gauche) et un sac à épaule (droit)
Le quatrième est l’extension de marché. Pour conquérir le marché hors de Buton, le produit primaire ou secondaire de tenun doit pouvoir attirer les clients qui n’appartiennent pas à la culture de Buton. Une fois que ceux-ci apprécient la qualité du tenun, la demande de produit va se multiplier. Par conséquent, toutes les personnes ayant l’intérêt du tenun doivent se collaborer pour objectif sa valorisation. Les mesures concrètes dont la réalisation est facile sont l’adoption du tenun de Buton en tant que souvenir officiel de la région et la mise en exposition au salon de textile traditionnel.

Un couvercle de tenun
Les quatre moyens pour exploiter les valeurs économiques du tenun de Buton ci-dessus arriveront à sa réussite à condition que les Buton soient fiers de leur tissu traditionnel. Dans ce cas, les Buton doivent être les premiers usagers du tenun précédant les autres communautés. Il y a au moins deux moyens pour éveiller la conscience de fierté au milieu des Buton. Le premier se fait par enseignement scolaire. Depuis leur enfance, les petits de Buton doivent apprendre leur propre trésor culturel, par exemple, par la mise en vigueur l’enseignement des matières d’intérêt local (mata pelajaran muatan lokal). Par cette méthode, les enfants peuvent apprendre, comprendre le sens philosophique cachant derrière son apparence et apprendre à tresser. De cette manière, la conscience d’appartenance peut s’implanter au cœur des enfants. Le deuxième est l’adoption du tenun en tant qu’identité régionale de Buton. Le chef du gouvernement local pourrait obliger ses fonctionnaires de mettre le vêtement à la base du tenun de Buton.
B. Matériels et instruments
Selon les propos de Syukri Rauf (entretien téléphonique, le 16 mars 2009), les instruments et matières indispensables pour réaliser une feuille de tenun sont :
- Métier à tisser. Du point de vue mécanique, on peut le distinguer en deux types : celui de rudimentaire (gedokan) et celui de mécanique (alat tenun bukan mesin/ATBM).

Métier à tisser rudimentaire (gauche) et métier à tisser mécanique (droit)
- Fil textile. Autrefois, il a été produit par fileur, à présent, il est fabriqué par l’industrie textile et se vend partout
- Colorant. Autrefois ce liquide a été indispensable mais aujourd’hui, il ne l’est plus parce que l’usage des fils colorés devient courant. Les artisans puissent utiliser le fil coloré en fonction de motif désiré.
C. Les étapes de tissage
La fabrication du tenun comporte deux phases principales, le préparatif et le tissage.
1. Préparatif
L’étape première de la fabrication de tenun de Buton est le préparatif des instruments, de la matière première et du motif que l’on veut composer. En général, les instruments sont déjà disponibles mais il faut d’abord les vérifier pour qu’ils soient en état favorable. En cas de dépannage, la remise en état est indispensable. Et quant à la matière première, le fil textile, l’artisan peut l’acquérir dans une mercerie. Le type de fil doit s’accorder au motif que l’artisan veut composer.
Selon les propos de Syukri Rauf, l’acquisition de fil permet des artisans d’économiser leur temps. La durée de production se rend plus courte en plus l’artisan n’est plus obligé de passer le procédé de coloration. L’artisan ne choisit que la couleur appropriée au motif (entretien du 16 mars 2009).
2. Tissage
Ce procédé consiste d’entrecroisement des fils de sorte qu’ils se transforment en une étoffe de 4 mètres de longue et 65 centimètres de large. Pour finir un coupon de tenun, il lui faut, un artisan, trois jours, en cas exceptionnel, si les tâches ménagères l’interrompent, il lui faut alors une semaine (Kompas, 23 janvier 2009).
Le tissage se traduit bien dans le récit ci-dessous d’Agung Setyahadi (Kompas, 23 janvier 2009).
« Les doigts de Halimah (61 ans) tirent le peigne (kayu balida) qui permet de tasser les fils. Elle maintient le fil de chaîne afin de ne pas être embrouillé et frappe doucement la baguette pour le remettre en état.
Tek…tek…tek…tek… la voix de coups de bois se produit quand le peigne affronte la baguette. Elle se diffuse dans le couloir du village de Sulaa au district de Betoambari, la ville de Bau-bau, Sulawesi Sud-Est. »
Le tissage ou en terme local tetanu est devenu une activité de la journée des femmes lorsque les hommes du village ne vont pas à la pêche suite par exemple d’une vague dangereuse. Dans cette récession de revenu, le rôle de tenun serait important parce que sa vente pourrait tenir la dépense familiale.

Une femme de Buton est en train de tisser (tetanu)
D. Distribution
Les tenun fabriqué est désormais prêt à entrer en distribution. Un coupon de tenun coûte de Rp. 100 000 à 150 000 en main d’intermédiaire et augmente à partir de Rp. 50 000 à 100 000 s’il est exposé en vitrine de magasin ou d’hôtel (Kompas 23 janvier 2009).
Pour attirer le plus grand segment au marché, le tenun ne se vend pas seulement en forme de vêtement d’homme et de femme, mais aussi sous forme de rideau, nappe, couvre-plat, etc.

Un couvre-plat à base de tenun
E. Motif
Généralement, le tenun de Buton a des motifs simples ; étoffe à rayures pour femme et étoffe à carreaux pour homme. La bande de rayures est brillement illuminée par le fil d’or. Même si les motifs sont simples la variété atteint de centaines de types (Setyahadi, Kompas, 23 janvier 2009). Cette variété représente l’impression des phénomènes naturels que font les Buton. Les artisans de tenun sont associés aux peintres du mouvement surréaliste (Kompas, 22 juillet 2005).
D’après Setyahadi (Kompas 23 janvier 2009), parmi une centaine de motifs, il existe encore quelques uns que la plupart des Buton connaît encore.
- Le motif de betano walona koncuapa qui représente l’expérience des Buton regardant les cendres fines qui s’envolent lors du brûlage des terres. Il combine le rouge, la rose, le marron, le bleu et le blanc.
- Le motif de colo makbahu qui combine le blanc, le rouge foncé, la rose et le bleu.
- Le motif de delima bongko (grenade pourrie)
- Le motif de delima sapua
- Le motif de delima mangura
- Le motif de kambano sampalu (fleur de tamarinier)
- Le motif de bancano kalukubula (fleur de cocotier)
- Le motif de leja

Un tenun de Buton au motif de leja brodé du fil de mastulin

Un tenun de Buton au motif de lau brodé de fil supplémentaire (gauche) et de fil d’argent (droite)

Un tenun de Buton au motif de pagar brodé de fil supplémentaire (gauche) et de fil de mastulin (droite)
F. Valeurs
Le tenun de Buton appartient au trésor de la culture de Buton. À travers de leur produit culturel, on peut envisager la situation naturelle de Buton et apprendre, à la fois, la façon de penser des Buton et la vie sociale des Buton parce qu’il représente les valeurs qui vivent et évoluent chez les Buton. Ces valeurs couvrent alors :
L’art local. Le tenun de Buton est la manifestation artistique des Buton auprès de leur milieu naturel. Ses motifs le représentent vraiment par exemple, celui de betano walona koncuapa exprime les cendres fines envolant de manière abstraite ; celui de delima bongko manifeste la réception du créateur contre la chute de grenade pourrie par terre et celui de kambano sampalu est crée pour symboliser le fleur de tamarinier ; etc. Ils représentent également la créativité des Buton, la richesse du milieu naturel à l’île de Buton.
L’identité et la stratification sociale des Buton. Comme dans les autres régions en Indonésie notamment à Surakarta et à Yogyakarta, où des motifs particuliers de batik sont réservés au souverain, le vêtement marque une identité sociale de la personne. Chaque motif de tenun symbolise également l’appartenance sociale de l’utilisateur. Le motif de delima et kasopa se porte par les gens de couches inférieures au contraire ceux qui portent le motif de kumbaea sont classifiés aux couches supérieures ou la classe notable.
La conscience à l’égard de la nature. Le motif de tenun qui expose la diversité naturelle de Buton peut être identifié comme leur moyen pour préserver leur connaissance sur la nature de sorte que la génération suivante puisse hériter cette connaissance.
La valeur spirituelle. L’usage de tenun dans les rites de passage, du rite de naissance au rite de mort, montre que cette étoffe, à part de sa fonction sociale quotidienne, contient aussi sa valeur sacrée. Cela indique qu’il comporte à la fois la valeur profane et sacrée.
G. Conclusion
À partir des paragraphes ci-dessus, on peut apprendre que le tenun de Buton détient un rôle très important chez les Buton. Il faut donc les Buton conservent et développent leur héritage culturel, au risque de sa disparition de l’horizon sociale, et en tant qu’élément unificateur. En plus, la disparition de tenun pourrait entraîner l’aliénation des Buton de leur racine culturelle.
Afin d’éveiller la conscience des Buton auprès de leur héritage culturel, il faut que le rôle de tenun soit modifié de sorte qu’il puisse remplir ses fonctions sociale, spirituelle et économique. Les Buton vont sauvegarder et développer leur tenun à condition que celui-ci offre un revenu considérable.
(Ahmad Salehudin/bdy/41/03-2009)
Traduction par Arya Seta (1/04-2009)
Images :
Bibliographie et sites de référence :
- Agung Setyahadi, “Kerajinan Tradisional: Tenun Buton Tak Lekang,” dans le quotidien national Kompas, 23 janvier 2009.
- Linri Merinda, “Melihat Upaya Dekranasda Sultra Memperkenalkan Produknya,” dans <http://www.kendaripos.co.id>, consulté le 5 mars 2009.
- Noor Fadli, “Kerajinan Tenun Buton,” dans <http://www.wisatamelayu.com>, consulté le 5 mars 2009.
- “Pulau Buton dengan Beragam Potensi dan Ancaman Potensi Budaya Sebagai Awal Pelestarian Sumber Daya Alam,”dans <http://gunawansugiyanto.wordpress.com>, consulté le 5 mars 2009.
- Syukri Rauf (directeur de Sintesa Buton), entretien téléphonique, 17 mars 2009.
- “Tenunan Buton,” dans <http://produkboeton.blogspot.com>, consulté le 5 mars 2009.
- Yamin Indas, “Tenun Buton sebagai Tanda Pengenal,” dans le quotidien national Kompas, 22 juillet 2005.
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